Afrofuturistes de toutes les planètes, suivez l’artiste !

Si vous pensez que l’Afrique est le berceau de l’humanité, que ce continent est tourné vers l’autrefois ou, encore, que le monde se partage entre Afroptimistes et Afropessimistes, alors j’ai une très mauvaise nouvelle pour vous : vous êtes un dinosaure. Pire, une pierre morte, un rebut sourd et aveugle. Et, bien sûr, vous n’avez pas vu venir la lame de fond, dont la hauteur est estimée à plusieurs mètres de hauteur, qui se brise cycliquement sur le rivage de la création africaine. Se brisant, elle libère une foule d’oeuvres audacieuses et sublimes, d’un éclat phosphorescent. Et, bien sûr, vous êtes encore dans l’incapacité de voir leurs auteurs surgir à l’horizon. Pourtant ils sont nombreux à chevaucher cette lame de fond. Ils sont musiciens, cinéastes, plasticiens, photographes, écrivains, vidéastes, commissaires d’exposition ou philosophes. Ils labourent depuis lontemps les prairies de l’imaginaire. Qu’ils viennent du Continent ou des diasporas, l’Afrique est, pour tous, non seulement le berceau de l’humanité mais elle recèle également les formes et les visages du futur. Vous commencez à sortir de votre torpeur; il y a une petite lueur qui luit dans votre prunelle : tout n’est pas perdu pour vous, cher dinosaure. Cette lame de fond a pour nom l’afrofuturisme, un concept inédit en français.

Nos artistes ont tout prévu. Ils ont élaboré les multiples scénarios du futur et pas seulement sous la forme d’un film de SF. Certains sont mondialement connus comme Yinka Shonibare, artiste britannique d’origine nigérian (notre photo), ci-devant chevalier de sa majesté la Reine d’Angleterre, et Neill Blomkamp, l’auteur du dérangeant long métrage District 9. D’autres sont plus jeunes et tout aussi aventuriers. Ils sillonnent les voies sidérales ouvertes par les génies africains-américains à l’instar du divin Sun Ra ou de la douce romancièreOlivia Butler dont aucun livre n’est disponible en français, c’est dire les années-lumières de retard que les Francophones doivent rattraper.

Mon cher dinosaure, il faut être sourd, aveugle et idiot comme le désormais ancien président français Nicolas Sarkozy pour croire que l’homme africain n’est pas encore entré dans l’histoire (Discours de Dakar). Bien au contraire, l’horizon futuriste panafricain est des plus clairs. Ses jeunes pousses sont en pleine forme comme la jeune réalisatrice kenyane Wanuiri Kahui(auteur d’un petit bijou nommé Pumzi) et le Franco-Marocain Ismaël El Iraki (on lui doit un tonique court métrage Carcasse avec une surprenante Aïssa Maïga, aussi belle que puissante, dans le rôle principal). L’afrofuturisme est, on l’a compris, la dernière frontière. Si certains créateurs abordent cette vaste constellation de manière directe, d’autres la cajolent et la travaillent de manière oblique comme c’est le cas, je crois, dans mon avant-dernier roman, Aux Etats-Unis d’Afrique, paru en 2006. D’autres, enfin, conjuguent les deux traitements. Jean-Pierre Bekolo (notre photo) est de cette confrérie qui use tantôt du mode oblique (son grand film de 2005, Les Saignantes), tantôt du mode frontal (Une Africaine dans l’espace). Cher dinosaure, vous voilà arrivé devant le panneau Exit. Il ne vous reste plus qu’à faire le grand saut… en prenant Jean-Pierre Bekolo pour guide. Faites-lui confiance. Il vous indiquera le chemin de la création, son chemin du futur : « Al’origine de toute action, il y a une pensée… Notre avenir dépend de nos pensées, de notre comportement et de notre environnement. Le cinéma est un langage qui nous fournit des outils pour réinventer notre réalité. Apprivoisons-le, agissons différemment et changeons le monde ! « . Et moi, il ne reste plus qu’à rameuter les troupes intergalactiques. Afrofuturistes de toutes les constellations … cap sur Londres, courez voir (gratuitement) l’exposition Africa Utopia !

 

Lu sur http://blog.slateafrique.com

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