Le Jeudi 27 avril 2012, Pierre Laporte recevait Hulo Bayle Guillabert

dans l’émission « Afrique culture, les mots pour le dire »

sur www.radio-tongolo.com pour son roman

« DIOR, LE BONHEUR VOLONTAIRE »

Interview 

Hulo Bayle Guillabert bonsoir.

Bonsoir Pierre Laporte, je suis heureuse de vous retrouver, Bonsoir à tous les auditeurs et auditrices.

C’est vrai que nous vous avions déjà reçue comme éditrice, cette fois, vous êtes là en tant qu’auteure.

Pouvez-vous vous présenter ainsi que votre livre ? Sa thématique.

Je suis franco-sénégalaise, éditrice, j’ai créé la maison d’édition Diasporas Noires et la Revue des bonnes nouvelles d’Afrique… Je suis aussi auteure…

« Dior le bonheur volontaire » est mon premier livre, sa thématique principale est la volonté et l’acceptation, les deux faces d’une même médaille.

C’est le portrait d’une femme volontaire, qui croit pouvoir agir sur son destin, qui croit pouvoir construire son bonheur…

Mon livre parle aussi de la détresse enfantine, du monde inquiétant des adultes qui l’entoure, de l’insouciance des jeunes gens, de leur naïveté face à l’intransigeance de la société et de ses règles parfois hypocrites qui broient d’une façon ou d’une autre toute individualité et toute volonté d’être heureux hors de ces règles…

Donc, ce livre est structuré en deux parties, par quoi a été animé ce découpage ?

En fait, j’ai écrit le premier chapitre par inadvertance, alors que je participais à un atelier d’écrire il y a 20 ans à Paris. On faisait un exercice, écrire un texte en une demi-heure avec comme contrainte une dizaine de mots imposés … Au bout d’une demi-heure chaque texte doit être lu et critiqué par les autres participants… Ce premier chapitre de Dior qui s’appelle « La visiteuse », est sorti donc en une demi-heure, de je ne sais où, quasiment à la virgule prés, sous la pression, comme ça… Moi-même j’ai été abasourdie, d’avoir écrit un truc aussi intime, oublié au fond de moi…

Pour la deuxième partie, c’est un livre que je voulais écrire sur mes parents, mais un peu romancé… Donc là c’était prémédité.

A un moment donné, le fait de rassembler les 2 parties dans un même livre m’a paru évident…

Est-ce que la vision de l’injustice par les yeux d’un enfant obéit à une logique chronologique ou autre ?

Je pense qu’un enfant n’a pas la notion d’injustice pendant qu’il vit des situations données… C’est juste de la détresse et de l’insécurité affective ressenties au plus profond de lui… Qu’il nommera injustice plus tard…

En lisant votre livre, je n’ai pu m’empêcher de penser à Maïmouna  d’Abdoulaye Sadji, que pensez-vous de ce rapprochement ?

Je pense que ce rapprochement n’est pas pertinent si on prend les thèmes principaux abordés, le livre d’Abdoulaye Sadji parle des enjeux d’une authenticité africaine face une modernité factice, compare une vie paysanne et humaine, à une vie citadine et mondaine basée sur le paraître, l’auteur parle aussi de l’ambition sociale, de la naïveté, de la tromperie amoureuse…

Pause musicale : Chimes of freedom c’est la chanson que vous avez choisie

Merci à l’Artiste-Ministre Youssou Ndour pour cette chanson optimiste. Le refrain dit : « Et nous avons regardé fixement au-dessus des carillons de la liberté qui éclataient. »… Il faut aussi préciser que c’est une chanson de Bob Dylan à la base.

La condition de la femme est abordée dans ce livre et notamment la soumission à un ordre patriarcal, c’était une volonté de le traiter ou ce sujet s’est-il imposé à vous.

Ce sujet, j’y ai toujours été très sensible, justement parce mon père m’a élevée tout autrement et n’a jamais essayé de m’imposer ce genre de choses, alors que toutes mes amies autour de moi les subissaient… Bien que nous vivions au Sénégal, où cet ordre patriarcal ou même on peut dire phallocentrique est incontournable, il m’a inculquée assez tôt une volonté d’autonomie et une indépendance incroyable pour une fille, pour une femme, il m’a appris à me débrouiller sans compter sur personne, sans compter sur un homme.

Pour vous, une bonne littérature tient elle aussi à son propos ?

Oui, cent fois oui… Car pour moi un bon livre doit toujours changer ne serait-ce qu’un peu le lecteur, il doit le rendre heureux ou meilleur qu’il n’était avant de le lire, il doit lui permettre de s’identifier, de se poser des questions.

Mais une bonne littérature tient aussi à la sonorité des mots, à la fluidité et à l’élégance du style… Sur ce point particulier, j’aime des écrivains comme Marguerite Duras ou Christian Bobin…

D’ailleurs, dans le rap et le slam, les jeunes travaillent sur cette sonorité des mots…

Paul Valery disait « la poésie cette longue hésitation entre le son et le sens ».

Quel est le rôle social de l’écrivain, particulièrement en Afrique ?

L’écrivain a le même rôle en Afrique que partout ailleurs, il doit poser des questions existentielles et philosophiques…. Même parfois en divertissant… Je ne sais plus qui a dit : L’écriture est un exercice spirituel, elle aide à devenir libre.

Mais j’aime bien ce que dit Christian Bobin : Ce n’est pas pour devenir écrivain qu’on écrit. C’est pour rejoindre en silence cet amour qui manque à tout amour.

Dany Laferrière disait lui « j’ai longtemps cru que mes livres venaient de moi, je commence à croire que je viens de mes livres ».

Est-ce pour vous une réalité encore prégnante en Afrique ou vous nuanceriez le propos aujourd’hui ?

Je pense que cette réalité-là que je décris existe encore en Afrique mais aussi partout dans le monde (j’en reviens toujours à l’universalisme, c’est ce que dit un philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne : Aucune vérité ne saurait être la vérité spécifique d’un peuple si elle est vérité. Si elle n’appartient qu’à ce peuple-là, elle n’est pas vraie, elle n’est pas humaine…)

Cette réalité-là a toujours existé et la littérature en général ne cesse de relater ce même type d’histoire… Tristan et Yseult, Roméo et Juliette, ont fait couler beaucoup d’encre et c’est le même type d’histoire d’amour contrarié par la société sous des prétextes divers et variés… La forme et le motif de la contrariété peut-être être différente selon les cultures ou selon qu’on soit à la campagne ou à la ville… Il y a toujours une histoire de richesse ou non du prétendant, de religion, de bienséance ou d’honneur…

C’est la même chose pour la réalité de fillettes sans leur mère dans un milieu hostile où règne une marâtre, chez nous au Sénégal, on raconte depuis la nuit des temps dans les veillées, l’histoire de « Coumba ame ndeye » (Coumba avec mère) et « Coumba amoul ndeye » (Coumba sans mère), une cendrillon africaine qui finit par triompher d’une méchante marâtre après beaucoup de péripéties et de souffrances…

C’est toujours la même histoire… Ces histoires sont des histoires humaines qui se reproduisent à l’infini… De tout temps et sur toutes les latitudes.

Vous mettez en exergue de votre livre « tout ce qui arrive est nécessaire » qui est une phrase rappelons le, de Marc Aurèle empereur romain et philosophe stoïcien.

Cette citation est également attribuée à Spinoza

Pourquoi ce choix ?

Pour moi, c’est la conclusion du livre…Cela reflète mon état d’esprit après avoir raconté tous ces événements relatés dans le livre… Cela veut dire, que ces événements m’ont façonnée et que dans ce sens, ils étaient peut-être nécessaires… C’est l’acceptation de la vie et des embuches qu’on rencontre, afin d’évoluer.

La philosophie stoïcienne met en avant l’acceptation du monde tel qu’il est, est-elle en accord avec le propos de votre livre ?

Je suis en accord avec cela, même si pour moi la volonté doit être le pendant parfait de l’acceptation… Je m’explique

Je pense qu’il faut accepter le monde tel qu’il est et se changer plutôt soi-même… pour pouvoir le changer…

Gandhi l’a très bien dit, « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde… »

On peut être très volontaire en agissant sur les événements et le monde qui nous entoure tout en acceptant qu’il ne soit pas parfait, que nos vies ne soient pas parfaites, vivre dans le moment présent en essayant d’être heureux avec ce qu’on a sur le moment, même si on travaille à l’améliorer…

Dans votre ouvrage « Dior, le bonheur volontaire » la volonté est beaucoup plus présente que le bonheur. C’est un parti pris ?

En fait, je voulais surtout parler de la volonté de bonheur, l’espoir d’être heureux, pas du bonheur lui-même

Pause musicale : Nina Simone – My baby just cares for me

Super !!! Merci Pierre

Le sujet de la religion est aussi abordé, via notamment l’interdiction transgressée d’épouser un non-musulman, comment analysez-vous cette endogamie ?

Au Sénégal, Il y a beaucoup de familles ouvertes qui acceptent cela.

Cette interdiction a souvent été transgressée car les 2 communautés musulmane et catholique sont assez imbriquées… Dans presque chaque famille, il y a des musulmans et des catholiques. Dans ma famille cela a toujours été le cas depuis plusieurs générations. Les fêtes religieuses sont fêtées d’un côté comme de l’autre, tous ensemble, tout le monde participe… Moi quand j’étais jeune, bien que catholique, je faisais parfois le ramadan pour faire comme ma grand-mère ou soutenir ma meilleure amie dans son effort…

Pour moi cette interdiction d’épouser un non-musulman, est d’autant plus bizarre que c’est le même Dieu… Mais cela peut servir de prétexte le moment venu pour refuser un prétendant … Et pourtant, Dior et Édouard étaient cousins germains et donc d’une grande proximité familiale…

Et ce drap taché qui est un symbole d’asservissement là devient un symbole de libération ?

Oui, en fait Dior joue à l’apprentie sorcière et transforme ce symbole d’asservissement de la femme en sa faveur… Ces jeunes partent en fait du principe que le déshonneur c’est quand on se fait déflorer sans que les parents sachent où, quand et avec qui… Là, ils ont l’idée de ramener le drap taché, de l’exhiber accompagné d’une demande de mariage… Ils pensent que cela va leur épargner le déshonneur, en tout cas c’est ce qu’ils croient…

On voit aussi comment s’organisent les jeunes pour s’opposer à une décision parentale, le conflit entre les générations est-ce là encore quelque chose de nouveau en Afrique ou ça a toujours existé ?

Je pense que le conflit de générations a toujours existé, jusqu’ici en Afrique, le sacro-saint respect envers les ainés, les anciens, empêchait et freinait toute velléité de révolte de la jeunesse. Mais cela est en train de changer…

J’ai l’impression que les jeunes aujourd’hui prennent plus leurs responsabilités et sont décomplexés de ce point de vue là… On peut citer toutes les révoltes de la jeunesse dernièrement, cela a commencé en Égypte, donc en Afrique… Le mouvement Yen A marre au Sénégal a tenu tête au régime et l’a fait tomber… J’ai un grand espoir pour l’Afrique car cette jeunesse-là est plus vertueuse que ses ainés, et plus volontaire et plus audacieuse, il me semble, que quand elle arrivera au pouvoir et aux affaires dans quelques années, tous les espoirs seront permis… d’où mon afro-optimisme forcené…

Que pensez vous de cette phrase de Nietzsche «  tout ce qui se fait par amour se fait par delà le bien et le mal », serait-ce un bon résumé de votre livre ?

Oui, tout à fait… Même si cela ne va pas forcément dans le sens souhaité par les amoureux au final…Moi je fais toujours et systématiquement ce choix-là… Quand des jeunes me demandent un conseil, je leur conseille toujours de choisir les sentiments plutôt que toute autre chose.

Quels sont vos modèles d’écriture, les auteurs qui vous ont inspirée le plus concernant le style ?

Mon style n’est pas inspiré par un écrivain en particulier, mais c’est un amalgame de toutes lectures que je fais depuis l’enfance et de ma propre intériorité…

Je suis plus à l’aise dans le style de la première partie de ce livre qui coule de source telle quelle, à la virgule près, comme venue directement de mon âme…

Alors que la deuxième partie du livre est plus un travail d’écrivain, avec un peu plus d’efforts…

Cela étant dit, je peux quand même dire un mot des livres qui m’ont le plus marquée dans ma vie au niveau du contenu… Je citerai en vrac

Amkoulel l’enfant peul et le Sage de Bandiagara d’Amadou Hampâté Bâ, cela m’a appris l’Afrique dans toute sa splendeur, Mariama Ba : Une si Longue Lettre.

Jazz de Toni Morisson et Si c’est un homme de Primo Levi m’ont beaucoup appris sur la complexité de l’être humain, sur l’ombre et la lumière, La chute d’Albert Camus aussi.

Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez, Ségou de Maryse Condé, L’alchimiste de Paulo Coelho, Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke, Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche, etc…

Et pour finir au niveau spirituel, Le livre tibétain de la vie et de la mort de Sogyal Rinpoché et Le prophète de Khalil Gibran… Mais il y en a beaucoup d’autres comme Don Quichotte de Cervantès, qui est un livre IMMENSE à lire et à relire…

Tous ces livres m’ont appris la bienveillance envers le genre humain et l’optimisme.

C’était votre premier roman, Graham Greene dit qu’il est important d’écrire sur ses premières années car c’est là que l’essentiel nous a été donné .  Êtes-vous d’accord ?  Et si oui que vous ont laissé ses premières années ?

Ces premières années m’ont laissé une grande force de caractère je crois, une résilience, beaucoup de volonté mais aussi de capacité d’acceptation, sans désir de revanche, sans rancœur, juste avancer, évoluer, se relever à chaque chute, sourire et repartir de plus belle.

– comment se procurer le livre (particularité).

-adresse du site/ références

Sur le site de Diasporas Noires  https://diasporas-noires.com/

Le livre version numérique est disponible pour un achat immédiat sur le site https://diasporas-noires.com/librairie-1/dior

Le livre version papier en remplissant un bon de commande toujours sur le site https://diasporas-noires.com/bon-de-commande

Prochainement, certains des livres de Diasporas Noires dont Dior seront disponibles en version papier à la librairie Athéna 33 rue Jules Ferry à Dakar…

Merci Hulo Bayle guillabert

Merci Pierre Laporte pour ce bon moment que je viens de passer avec vous, trop court…Et merci à tous les auditeurs auditrices…