Il porte ses trois casquettes et garde bien les épaules tranquilles sans vaciller. Comment fait il ? Quand on le lui demande, il se contente de sourire. Un sourire timide. On ne saurait jamais comment il arrive parfaitement à marier ses trois femmes. Car Alpha Baidi THIELLO dit Pha Thiello, est un prêtre de l’art et de le culture. Il porte la peinture, la musique et l’écriture comme s’ils ne faisaient qu’un seul. Je cherchais un peintre et je l’ai rencontré dans toute sa dimension d’artiste !

Si vous cherchez un artiste polyvalent au Sénégal, demandez moi de vous mettre en relation avec un certain Pha Thiello. Artiste peintre de son état, guitariste triplé d’un écrivain-poète, la peinture le connaît depuis qu’il est adolescent. Adepte de la sérigraphie alors qu’il n’est que dans la vingtaine, c’est Ibrahima Thiaré dit « Jams » son frère aîné, qui lui apprend à tenir le pinceau et à mélanger les couleurs. La passion dans le talent, il apprend vite. Près de 10 ans plus tard, il organisera sa propre exposition.

Sa première toile, c’est en 2003 qu’il la tire de ses grandes mains. L’artiste lui donne de belles couleurs chaudes, et la dénomme « complémentarité » en guise de sa contribution à la cohésion sociale au Sénégal. A travers elle, Pha veut expliquer l’importance des autres, dans une société qui tend vers l’individualisme et où les rapports de forces sont cruels. Pha, qui commence ses premiers coups de pinceaux, émancipé de la tutelle de son maître se définit cependant comme un artiste parnassien. « L’art pour l’art », défendu par ce genre artistique originairement littéraire, ne séduit pas seulement ce jeune artiste. Il va aussi envelopper ses créations pour en faire un moyen d’expression privilégie. L’Afrique, le village, la beauté ainsi que d’autres thèmes de prédilection vont s’immortaliser entre les lignes de Pha Thiello qui souhaite donner vie à sa passion et libre cours à son inspiration. Il ne mutile pas ses envies et se laisse séduire par la muse.

Sa première exposition le ramène dans ses origines. Natif de Tamba certes, il a grandi à Kaolac, une grande ville située à 189 kilomètres au sud-est du Sénégal. Une région mythique qui accueille régulièrement de grands événements artistiques. L’alliance France-Sénégal qui l’invite avec plusieurs autres artistes, lui donne l’occasion de faire valoir son talent. C’est une aventure satisfaisante qu’il va reconduire, au cours des biennales organisées dans le pays et qui seront d’ailleurs pour lui, des expériences enrichissantes au fil des années.

L’oiseau, après avoir apprit à voler en groupe, tentera bravement de voler de ses propres ailes. Le résultat s’avère concluant lors de sa première propre exposition. Pha présente une collection multi-colorée riche et diversifiée qui séduit le public. 16 tableaux présentés au public. Zéro retourné. Pha ne regrette pas d’avoir exposé à la galerie Nubi Art.

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Crédit photo: Pha Thiello

En dépit de la pseudo tiédeur de l’environnement du pays, Pha est un artiste qui s’ennuie pas. Quand son pinceau se repose, ce sont deux autres choses qui le servent. Sa plume pour écrire et sa voix pour chanter. Mais qu’est ce qu’il écrit et qu’est ce qu’il chante ? Pour ceux qui se le demandent, sachez que Pha est aussi guitariste et écrivain poète. Son recueil de poèmes, sorti en 2012 et qui s’intitule « Mon rêve : la Paix dans le monde » a été publié à la maison « Diaspora Noires ». Ce recueil qui est une hymne à la paix et la lutte pour une justice sociale, retrace les rêves d’un jeune homme qui aspire au bien être social et surtout à celui des enfants du monde. Des qualités que vous retrouverez lorsqu’il prends sa guitare et vous chante « J’en ai marre j’en ai marre !! J’en ai marre j’en ai marre !! De voir tous ces enfants, qui meurent de faim … ».

Amoureux des couleurs chaudes, il me confie : « Je les sens mieux que les couleurs froides . Ce qui explique qu’il y a beaucoup de rouge, orange, jaune dans mes toiles ». En effet,Ce n’est pas un hasard, si l’on retrouve des couleurs chaudes dans ses créations puisque ce natif de la région de Tamba, habitué à ses 42 degré de chaleur, a également grandit à Kaolac où la température atteint souvent les 45 degrés. Une chaleur qu’il va exploiter dans son travail en s’employant à valoriser ces couleurs qui disent si bien ses origines à travers un très beau rendu de sa végétation, des rires de ses enfants, de son quotidien et surtout des courbes généreuses de ses splendides femmes.

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Crédit photo : Pha Thiello

Même si peu d’artistes déclarent vivre de leurs arts, Pha demeure franc. Toutefois, il n’occulte pas les épines du métier et déplore quand même la mauvaise visibilité des tableaux africains et en occurrence du Sénégalais. Mais Pha est maître de son art. Il essaie de prendre exemple sur certains de ses devanciers à qui il témoigne une profonde admiration et une infinie gratitude.

Pour lui qui se contente d’aimer passionnément et continuer avec détermination ce qu’il aime, la peinture est un art qu’il faut vivre pleinement dans toute la douceur de ce qu’il inspire. Son crédo ? Peindre pour peindre. La vraie peinture selon lui, commence par là. La vocation sociale n’étant qu’une seconde option. « Je peins pour combler d’abord mes envies en insufflant aux autres, le meilleur et la beauté qui sort de moi » et comme il le dit, « si vous peignez un tableau qui n’est pas beau à voir, vous aurez très peu de personnes qui l’apprécieront. Cependant s‘il est beau, il sera un tremplin pour véhiculer un message ».

Dans un pays ou les peintres sortent difficilement, Pha peut dire qu’il tient les deux bouts. Depuis sa dernière exposition, c’est un moment de silence qu’il consacre à l’écriture de scénarios et de poèmes. Le triple artiste envisage diversifier sa créativité et explorer d’autres pistes.

Avec près d’une vingtaine d’année au service de la peinture, Pha s’invite à plusieurs projets. Sollicité par le Cap Vert depuis peu, il souhaite servir la peinture comme jamais en Afrique. Quand je lui demande de faire un choix entre ces trois particularités, il répond entre trois sourires différents « s’il y avait des branches à abandonner, j’opterais pour la poésie et la musique »; mais dans un futur proche, l’option que je lui propose n’est pas négligeable selon lui. Celle de mettre ces deux autres talents au profit de la peinture afin d’offrir la meilleure version de lui, à ses milliers de fans qui le découvrent chaque jour sous un nouvel angle sur les réseaux sociaux.

Pha qui n’a encore pas gagné de prix croise d’abord les doigts sur ses projets. Il se contente de peindre pour le bonheur d’exprimer ses sentiments dans un premier temps :« Je ne peins pas pour gagner des prix, mais pour le plaisir de peindre. Mes admirateurs m’en donnent chaque jour et moi-même je le fais en m’investissant de la plus belle des façons dans ce que je fais. Car peindre avec l’amour de plus d’un millier de personnes qui vous suivent chaque jour, c’est un véritable bonheur et une véritable chance !!! »

Les projets de voyage dans un futur proche représentent pour notre triple artiste, un tournant décisif dans une carrière qu’il espère fructueuse. Quand il a du temps, il donne des cours de guitare. Maître à son tour, il enseigne les bases de la peinture à près de dix jeunes qui s’en sortent aussi bien. De plus, il envisage ouvrir une école de peinture afin d’initier les plus jeunes. Sa contribution pour l’essor de la peinture en Afrique et plus particulièrement au Sénégal prendra véritablement forme d’ici peu. Artiste idéaliste, il est épris de paix, et le véhicule dans ses chansons et ses œuvres picturales. Plus de 10 ans qu’il est à pied d’œuvre, et espère « peindre pour peindre », pour le bonheur de ses pairs !

Propos recueillis par Siamlo Victoria