« Une Africaine au Japon » de Nina Wade

Interview par Sada Kane dans « Impressions » sur la 2STV 

 

Présentation du roman « Chatiments Névrotiques » de Dominik FOPOUSSI
Ed Diasporas Noires 2015

 

Hulo Bayle Guillabert Directrice de Diasporas Noires

Interview paru AMINA d’avril 2013

 

Partenariat avec l’Institut culturel Panafricain et de Recherche (ICPR) de Yène, une conférence sur le thème de la décolonisation, du panafricanisme et de la renaissance culturelle en Afrique au Monument de la Renaissance africaine à Dakar

Hulo Guillabert, activiste panafricaine, consultante internationale

Hulo Guillabert

«L’Afrique n’est pas pauvre, elle est appauvrie à dessein par de multiples prédateurs qui lorgnent constamment sur son sous-sol, ses richesses, déstabilisent son économie…»

Africaleadnews – (Dakar)  

Sa frimousse est désormais reconnaissable entre mille. Grande silhouette légère, Hulo Guillabert a choisi la rue du peuple indigène après une vingtaine d’années à l’étranger. A Dakar comme un peu partout dans la sous-région, ses nombreuses activités d’activiste commencent à faire du bruit. Dans cet entretien, l’écrivain éditrice, fondatrice de la Revue des bonnes nouvelles d’Afrique, revient sur les problèmes de l’Afrique, sur ses relations avec l’Occident. Elle parle, par ailleurs, de son optimisme quant à l’avenir du continent africain.

 

Hulo Guillabert, pouvez-vous rappeler votre parcours aux lecteurs d’Africaleadnews ?

Je suis née au Sénégal. J’y ai vécu jusqu’à l’âge de 21 ans, et après 30 ans d’absence, j’ai fait le choix de revenir y vivre en 2012. J’ai vécu un an et demi à Abidjan, 20 ans à Paris, près de 8 ans à la Réunion, un an et demi à Montréal…

J’ai abandonné une carrière de consultante-chef de projet NTIC auprès des grandes entreprises françaises pour devenir éditrice, écrivain, promotrice culturelle et activiste du panafricanisme. En somme, j’ai choisi l’art et l’Afrique.

Quelles sont les motivations qui vous ont poussé à revenir vous installer au Sénégal et à créer les éditions «Diasporas noires» entre autres projets à thématique panafricaine ?

Les dernières années, l’exil me pesait de plus en plus. Je revenais au Sénégal quasiment deux fois par an et repartais la mort dans l’âme. Et puis à un moment donné, j’ai pris la décision de m’engager pour l’Afrique et j’ai pensé qu’il fallait que je fasse ce geste militant très fort de revenir y vivre quelles que soient les difficultés auxquelles je serai confrontée car après tout, les Africains avaient les mêmes problèmes.

J’ai eu l’idée de créer Diasporas Noires Éditions après avoir assisté au scandale de la falsification du livre de Sylvia Serbin «Reines et héroïnes d’Afrique» et j’ai pensé que les Africains devaient s’éditer eux-mêmes. Éditons nous-mêmes,  nos histoires et notre Histoire ! Diasporas Noires est et restera donc 100% africaine !

Comment vous est venue cette vocation artistique ?

Depuis l’âge de 8 ans, j’étais une grande lectrice. Mais je me sentais aussi un écrivain. A l’école, au lycée et partout où je passais, les enseignants montraient une admiration non dissimulée pour mes textes qui étaient lus systématiquement à toute la classe. Je raconte cela dans mon roman autobiographique «Dior – Le Bonheur volontaire». J’écris tout le temps dans ma tête. Je pense qu’être écrivain, c’est un état d’être permanent et non choisi, ce n’est pas un rôle que l’on peut endosser ou jouer. Je pense qu’on nait écrivain ou peintre même si cela peut se révéler tard dans notre vie. J’étais aussi très bonne en dessin. D’ailleurs adolescente, je dessinais mes robes. J’ai toujours senti en moi une fibre artistique dans beaucoup de domaines.

Qu’en est-il exactement du Nubi-arts restaurant-galerie ?

Le Nubi-Arts est un concept d’espace socioculturel et restaurant africain auquel je tiens beaucoup et qui avait un grand succès d’estime. J’en étais très fière mais j’ai dû fermer en janvier car on avait de trop lourdes charges, n’ayant aucune aide ni subvention, ni aucun partenaire financier. Je souhaite le réinstaller dans un emplacement plus approprié, plus fréquenté avec des charges réduites mais je n’ai pas encore eu la possibilité de le faire. « J’avais trouvé un magnifique emplacement mais malheureusement c’était administrativement compliqué car sur un site géré par l’Etat ». D’ailleurs, il faudrait que j’écrive à la mairie de Dakar ou au ministère de la Culture pour trouver un lieu pas trop cher. Je pense que ce genre de concept devrait se développer pour promouvoir l’art africain par les Africains eux-mêmes et ne pas laisser ce monopole depuis 50 ans aux instituts et centres culturels étrangers. La véritable indépendance commence par la Culture et l’art.

Comment comptez-vous élargir ou développer ces projets ? Avez-vous des partenaires ?

Non ! Je n’ai pas de partenaires parce que c’est très difficile de bien s’entendre avec des gens, d’avoir la même vision et de se faire confiance dans des relations d’argent. Il est vrai aussi que je suis du genre à ne pas trop savoir faire de concessions en ce qui concerne ma vision des choses. (Rires).

Pensez-vous réussir ce pari dans le contexte d’une Afrique, régulièrement, secouée par des tragédies d’ordre socio-économique ?

C’est vrai que le contexte n’est pas facile, de plus l’art en général, la littérature en particulier ne sont des priorités pour personne en Afrique. Je parle des Etats et des gens. Je mets en œuvre mes idées avec mes fonds propres, je me ruine souvent. (Rires). Mais je suis heureuse quand même d’y parvenir, de démontrer que c’est possible. C’est une grande satisfaction d’avoir créé la maison d’édition Diasporas Noires, d’avoir créé le Nubi-Arts, des concepts avec une vision africaniste bien marquée qui peuvent servir d’exemples aux jeunes Africains.

Que pensez-vous du drame qui s’est récemment produit en Méditerranée notamment avec le naufrage de plus de 500 migrants africains ?

Je pense à leurs mères, leurs parents et je me sens anéantie et impuissante face à cette volonté que les jeunes ont de rejoindre coûte que coûte l’Europe. Il y aura beaucoup à faire pour changer cette mentalité. Les jeunes Africains doivent pouvoir rester en Afrique et y vivre prospères et en paix. L’Afrique a de quoi nourrir tous les Africains si elle n’était pas systématiquement pillée. L’Afrique n’est pas pauvre, elle est appauvrie à dessein par de multiples prédateurs qui lorgnent constamment sur son sous-sol, ses richesses, déstabilisent son économie notamment avec le franc CFA et les nombreuses multinationales qui y règnent sans partage. Qu’ils nous laissent tranquilles et peut-être que bientôt, plus aucun Africain n’aura envie d’émigrer. Qu’ils nous laissent tranquilles et nous pourrons enfin prendre notre destin en main !!! Mais je pense que c’est trop leur demander car eux-mêmes jouent leur survie. Donc il va falloir se battre contre ses prédateurs de l’Afrique et sauver nos fils de la noyade.

Quelle devrait être, selon vous, la réaction des dirigeants africains devant une telle situation ?

Pour moi, les dirigeants africains surtout francophones ne lèvent jamais le petit doigt pour arrêter ces drames qui se déroulent depuis des années sous leurs yeux. Les entendez-vous ? Prennent-ils des mesures ? Anticipent-ils sur ces drames prévisibles ? Non !

Je suis désolée de le dire mais ces dirigeants-là ne sont jamais sur le registre du bien-être de leurs peuples. Nos fléaux et nos catastrophes passent et ils sont là, sourds, muets, aveugles. Parfois ils font des promesses circonstancielles et puis ça passe et on passe à la catastrophe suivante. Voilà à quoi le peuple africain est confronté depuis 55 ans. Dommage qu’on ne puisse pas cloner Thomas Sankara. Mais je suis sûre qu’il y a des Sankara partout en Afrique qui attendent leur heure. Je suis optimiste.

Étant donné que vous voyagez beaucoup en Afrique, quelle politique sociale proposeriez-vous pour résoudre ce fléau ?

Malheureusement, je ne suis ni politique ni économiste. Il parait que c’est eux qui ont des solutions. J’avoue humblement que je n’ai pas de solution miracle à part être sur le terrain de la conscientisation du peuple africain, sur le front du changement de la conscience et de paradigme. Voilà pourquoi, j’ai créé en 2011 la Revue des bonnes nouvelles d’Afrique pour dire à nos jeunes «Regardez comme l’Afrique est belle et riche, soyez optimistes, positifs. Vous êtes beaux, intelligents, ne laissez personne vous dire le contraire. Ayez confiance en vous, en l’Afrique. Les problèmes nous pouvons les résoudre !». À part les problèmes cités plus haut, je pense que nous avons aussi un déficit d’estime de soi et de manque de confiance en nos capacités. On nous dit depuis si longtemps que nous sommes nuls.

Que dites-vous aux jeunes Africains, en particulier ceux qui ont des projets et qui ne peuvent pas maintenant les réaliser sur place ?

Je pense que cet argent qu’ils arrivent à trouver pour payer les passeurs, cette énergie incroyable qu’ils déploient pour traverser tout cet enfer avant d’arriver en Europe, utilisés ici, feraient des miracles et leur permettraient de réaliser beaucoup de choses. Mais ces jeunes ne sont pas éduqués et personne ne les aident à voir cette évidence et à agir concrètement dans ce sens. Les Etats ne remplissent plus leur devoir d’éducation, les associations sont dépassées par l’ampleur de la tâche. Un discours de vérité doit aussi être tenu sur la réalité qui les attend sur le parcours et en Europe.

Les Africains de la Diaspora doivent être conscients de leur responsabilité quand ils reviennent en vacances pour étaler leur soi-disant belle vie en Europe. Il faut que cela cesse ! Que nous soyons tous responsables dans nos discours respectifs. Moi, quand je vivais en Europe et que je venais en vacances, mon entourage disait parfois avoir honte de moi car je ne m’habillais pas assez bien et je n’étalais pas ma richesse. J’avais tout le temps un discours dissuasif.

Quelles sont vos activités en tant qu’activiste ?

Elles sont nombreuses et variées. Beaucoup pensent que je me disperse, que je travaille trop. (Rires).

Je m’occupe de Diasporas Noires qui est une maison d’édition militante qui veut faire la promotion des écrivains afro-descendants partout dans le monde.

Je m’occupe de la Revue des bonnes nouvelles d’Afrique qui met en avant des choses valorisantes en Afrique que les médias internationaux ne montrent jamais.

Je viens aussi de lancer des formations numériques culturelles notamment une formation pour créer une maison d’édition numérique.

J’ai beaucoup de pages Facebook que j’administre, dont un groupe qui compte 18 000 personnes avec des débats très denses et intéressants sur l’Afrique.

Je suis aussi dans des clubs panafricains où l’on réfléchit à des thèmes comme les États-Unis d’Afrique ou le Franc CFA.

Je me lance également depuis l’année dernière dans une activité de conférencière notamment sur trois sujets qui me tiennent à cœur : L’Afrique Numérique, L’Afrique Unie et L’Afrique Optimiste.

Le sort des albinos me préoccupe beaucoup et j’essaie de soutenir au maximum de mes possibilités mon amie Adrienne Ntankeu, présidente de l’association ANIDA Tous ensemble pour l’Albinisme.

Et pour finir, j’œuvre beaucoup au sein du Collectif Stop à la Mendicité des enfants que j’ai fondé en avril 2014 et nous faisons beaucoup d’actions d’éclat depuis un an pour sensibiliser la société et l’État sur ce drame humain. Nous avons fait un manifeste, beaucoup de manifestations et participé au Forum Social Africain en octobre dernier. Nous avons écrit une lettre ouverte au Président de la République. Notre prochaine manifestation aura lieu le 16 juin prochain, journée de l’Enfant Africain. Je lance un appel pour que tous les Sénégalais viennent montrer leur désaccord et leur honte face à ces enfants maltraités sous nos yeux.

De quelle manière les gens adhèrent à votre cause. Quelles sont les manifestations de solidarité ?

Les gens sont extrêmement bienveillants, solidaires avec moi alors que souvent, ils ne me connaissent pas. J’ai eu le cas d’un jeune Congolais qui était pion dans un lycée en France et s’était mis en tête de m’envoyer 50 ou 100 euros par mois de son maigre salaire afin de me payer une assistante. (Rires). J’en ai eu les larmes aux yeux ! Et puis le collectif a beaucoup de soutien, d’encouragements et de demandes d’adhésion. Mais nous refusons tous les financements d’où qu’ils viennent. Nous cotisons nous-mêmes car il nous faut rester intègre pour pouvoir mener ce combat difficile et ne pas nous faire récupérer.

Mais souvent, les jeunes me contactent à travers mon site ou sur les réseaux sociaux. Ils attendent de moi que je les conseille, que je les aide dans leurs actions, leurs associations ou autres. Je m’efforce de répondre à tous, mais parfois ce n’est pas facile de trouver le temps ou l’énergie. J’ai aussi beaucoup d’Africains qui veulent rentrer en Afrique et qui me demandent conseil.

Vous est-il arrivé de subir une quelconque pression ou d’être intimidée dans le cadre de vos activités ?

Bizarrement non ! Dans le cadre du Collectif Stop à la mendicité des enfants, on m’avait dit de faire attention mais non, aucune pression à signaler.

Quelles sont vos projections à court terme en tant que leader d’opinion et dans un contexte d’actes de citoyenneté ?

Il y a beaucoup à faire. Actuellement, je consolide ma maison d’édition et travaille à son expansion en associant des représentants d’autres pays d’Afrique, j’ai déjà un Camerounais qui nous a rejoint comme directeur de deux collections Savoirs et Résistances, une Congolaise qui a une superbe plume également, d’autres suivront bientôt. Je rêve d’une grande maison d’édition panafricaine dédiée au changement des consciences et des paradigmes en Afrique.

Je continue à travailler sur la Revue des bonnes nouvelles d’Afrique qui a une audience dans les Diasporas Noires du monde entier.  On m’écrit du Japon ou d’Indonésie par exemple.

Et puis, ce département Diasporas Noires Formations que je viens de créer est aussi très important car il a l’ambition de promouvoir le numérique en Afrique, nous voulons former des jeunes acteurs socioculturels, des éditeurs, des promoteurs d’art à la maitrise des réseaux sociaux, à la culture numérique comme outil d’émancipation.
Nous voulons apporter notre pierre à la construction de l’Afrique Numérique.

Quelle est votre conception globale de la vie ?

Je vois la vie comme une série de situations que l’on doit transcender et qui nous font évoluer vers le meilleur. Donc pour moi, les Africains sont dans la phase d’évolution vers le meilleur après des siècles du pire. Pour moi, le 3e millénaire est africain malgré les apparences chaotiques actuelles. Notre tour est venu. Même si ce n’est pas encore visible pour tout le monde, c’est sous le capot. Moi, je le vois bien et j’y crois fermement.

Votre dernier mot ?

UBUNTU qui veut dire «je suis parce que nous sommes». Pour moi, c’est le mot symbole issu de la sagesse ancestrale africaine qui peut nous aider à réaliser les États-Unis d’Afrique. Je salue les lecteurs d’Africaleadnews et vous remercie infiniment pour l’intérêt que vous portez à ma vision et à mes combats.

Propos recueillis par Diouma SOW

www.diasporas-noires.com

Lu sur http://africaleadnews.com/hulo-guillabert-activiste-panafricaine-consultante-internationale/

Hulo Guillabert, Panafricaniste et directrice des éditions Diasporas noires : «Nous organiserons bientôt le premier grand congrès panafricain pour une Afrique fédérale et les Etats africains unis»
Par Aïssatou LY   le 10 July 2015

Vêtue humblement d’un orange marié au noir, Hulo Guillabert accueille Le Quotidien dans sa demeure à Mermoz. L’activiste, d’un certain âge, est connue pour ses idées fortes et son engagement sans égal pour la cause africaine. Elle est née et a grandi au Sénégal puis est partie vivre en France avec son mari. Hulo y a occupé des postes de responsabilité, d’abord consultante, chef de projet Ntic au sein de  grandes organisations et structures comme Orange, Sfr, Edf ou La poste… Mais après des dizaines d’années de vie en France, Hulo Guillabert revient au bercail en 2009. Elle crée son cabinet de consultance à Dakar, qui ne donne pas les fruits escomptés. Elle repart alors à Montréal, mais l’amour pour ses souches africaines est plus fort que tout. Elle revient alors en 2012, cette fois-ci pour réaliser ses rêves. La panafricaniste abandonne ainsi sa carrière de consultante pour se consacrer à une autre plus noble à ses yeux : s’engager pour l’Afrique et pour la culture africaine. Elle crée à ce titre, une maison d’édition numérique Diasporas noires ainsi que la Revue des bonnes nouvelles.

Qu’est-ce qui vous a poussée à devenir éditrice ?
C’est suite à un fait qui m’a profondément marquée, Sylvia Serbin, une Martiniquaise, auteure du livre Reines et héroïnes d’Afrique, a vu son livre massacré et falsifié par une maison allemande qui l’a traduite en y insérantune vision raciste de l’Afrique. Elle a porté plainte, mais n’a pas obtenu gain de cause. Vous imaginez, son livre circule encore aujourd’hui avec son nom et des idées qui ne sont pas les siennes ! Au regard de ces faits, j’ai pensé que les Africains devaient arrêter de se faire éditer par les Occidentaux.Car nos intérêts sont divergents. Eux, leurs intérêts c’est de prolonger leurs propres visions des Africains et de l’Afrique, le misérabilisme, notre soi-disant incapacité de s’en sortir sans leur aide… Je dis souvent : écrivons nous-mêmes notre Histoire et nos histoires. Donnons notre propre version des faits sans les dénaturer par le miroir que nous tendent les autres… Nous avons déjà entendu la version de la chasse donnée par les chasseurs, écoutons la version des lions à présent, il est temps !

Pourquoi avoir choisi le nom Diasporas noires pour votre maison d’édition numérique ? 
C’est Diasporas noires  avec un «s» à la fin. Je ne parle pas que de l’Afrique, mais aussi de ses diasporas, l’ancienne qui date de plusieurs siècles comme la plus récente. Les Africains et les afro-descendants sont dispersés à travers le monde, et Diasporas noires  veut promouvoir leurs écrits et leurs talents.

Pourquoi avoir investi le créneau du numérique et pas celui du livre en papier ?
Il ne faut pas faire d’opposition entre ces deux supports. Je lis moi-même toujours des livres en papier. Mais le numérique est un grand défi pour l’Afrique. Quand j’étais à Montréal, je voyais les étudiants dans le métro qui lisaient avec des liseuses. Ce sont des sortes de tablettes sur lesquelles ils peuvent mettre jusqu’à 100 livres et se balader avec. Lire où ils veulent. Qui peut déambuler avec 100 livres en papier ? Il faut que l’Afrique utilise toutes ces innovations technologiques aussi pour avancer… C’est un pari très important ! A ce propos même j’animerais en juillet une conférence sur «L’Afrique Numérique… Et nos bibliothèques ne brûleront plus».

Qu’est-ce qui explique votre retour au Sénégal ? Avez-vous ressenti le mal-être en Europe ?
Non, pas du tout. Je suis quelqu’un qui a une grande force de caractère. Je m’impose là où je suis. Mon père me disait tout le temps «qui se sent exclu, est exclu». C’est pourquoi je ne me suis jamais sentie exclue en Europe. Par contre, quand l’amour de la Patrie domine tout, on n’a pas le choix. J’ai décidé d’être là en Afrique, de vivre avec mes frères africains même si parfois ce n’est pas facile après autant de temps d’absence.

Que ressentez-vous alors face à ces migrants africains qui quittent leurs pays à la recherche de l’Eldorado en Europe ?
Je vais être franche et vous dire que je ressens de l’impuissance face à ces vagues de migrants. Je n’ai pas de solution et c’est d’autant plus triste que les dirigeants africains ne réagissent pas. La seule chose que je peux faire, c’est d’essayer de conscientiser les jeunes. Pour leur dire que l’Afrique a sa jeunesse, ses ressources, sa richesse et peut s’en sortir par ses propres moyens. L’éducation de nos enfants est très importante et elle est vraiment à refonder. Notre système d’enseignement, hérité de l’Occident, n’a pas changé. Nos livres scolaires sont rédigés en Europe, et érigent l’Occident comme modèle en tout. Nos enfants apprennent les grands hommes d’Europe et pas les nôtres comme Cheikh AntaDiop, pourtant un grand savant. Ce que l’on met dans la tête de nos enfants est tout à fait erroné. Je mène un travail de conscientisation pour dire aux Africains d’arrêter de regarder l’Europe comme un Eldorado. C’est dans ce cadre que j’ai créé la Revue des bonnes nouvelles Afrique pour rehausser leur estime de soi.

Vous défendez toujours le panafricanisme. Comment le vivez-vous ?
Mon panafricanisme je le vis tout le temps. Je suis 100% africaine et je revendique le concept d’africanité toutes les minutes de ma vie. En guise d’exemple, je vous raconte une anecdote. Au Sénégal, la majeure partie des propriétaires des grands restaurants sont des étrangers. Avec une amie, nous voulions organiser un jour un dîner. Nous nous sommes renseignées pour trouver un restaurant un peu classe, dont le propriétaire est Africain. Là, nous ne parlons pas de couleur de peau, mais de sentiment d’appartenance à l’Afrique. C’est une manière de les soutenir, car ils ne sont pas nombreux à Dakar par manque de moyens. Les étrangers ont eux, de grands moyens et repartent avec leur argent dans leur pays… On doit être solidaires et consommer africain pour préserver notre patrimoine et notre culture. C’est comme cela qu’on développera le continent. L’indépendance commence par l’Art et la Culture.

Aujourd’hui on parle de panafricanisme, alors qu’il est impossible pour un Sénégalais de se rendre au Gabon ou au Congo sans visa. Pensez-vous que vivre le panafricanisme est possible ?
Oui je garde bon espoir que ce rêve va se réaliser bientôt. Je suis afro-optimiste. Aujourd’hui les Africains sont de plus en plus conscients qu’ils ne peuvent aller vers un développement sans mutualiser leurs forces. D’ailleurs qui nous a imposé ces barrières ? N’est-ce pas au sortir de la conférence de Berlin que ces barrières ont été instituées par les colons ? L’Afrique, elle ne connaissait que les grands empires. C’est scandaleux que l’on nous impose encore aujourd’hui ces lignes de démarcation. Le milliardaire africain, Ali Dangoté, le déplore souvent dans ses interviews. Et je trouve qu’il a raison, il faut un changement de paradigme.

Vous dites : «Je suis une afro-optimiste revendiquée et assumée.» Cela sous-entend quoi ?
On avait l’habitude de voir une Afrique misérable entre guerres et corruption et autres fléaux. On ne montrait que des images négatives d’elle. J’ai alors réalisé ce concept de Revue des bonnes nouvelles d’Afrique  et d’afro-optimisme. Pour dire qu’en Afrique, il y a aussi beaucoup de bonnes nouvelles, des jeunes bouillonnants, décomplexés, créatifs et qui inventent des tas de choses incroyables…

Partagez avec nous le concept Nubi-Arts ?
Le Nubi-Arts c’est un espace culturel. Il y avait un restaurant africain, une galerie, une boutique et une salle de conférences. J’y animais des ateliers d’écriture et d’autres manifestations musicales ou autres. Mais j’ai dû le fermer en janvier parce que les charges étaient devenues trop lourdes et je ne disposais d’aucune aide financière. Je voudrais le réinstaller au Monument de la Renaissance, mais pour l’instant, il y a des contraintes administratives.

On vous présente comme la «Mama Africa», dans quel sens prenez-vous ce compliment ? 
C’est un grand compliment ! C’est Myriam Makéba qui était gratifiée de ce surnom donc je me sens très honorée et ça m’encourage à aller de l’avant dans mes combats pour une Afrique unie et solidaire, dans l’esprit ubuntu : «Je suis parce que nous sommes.»

Vous êtes aussi auteure. Dans votre premier roman, Dior, le bonheur volontaire,  quels sont les thèmes que vous évoquez ?
C’est un roman autobiographique où je raconte dans la première partie, mon enfance et dans la seconde, l’histoire de mes parents de manière un peu romancée. En fait mes parents étaient de religions différentes, mon père catholique, ma mère musulmane. Dans le livre, Dior et Edouard étaient jeunes et pensaient vraiment pouvoir vivre une vie heureuse. Mais c’était sans compter avec l’opposition familiale, doublée par le regard de la société qui condamne tout mariage entre un catholique et une musulmane. C’était mal vu, et malgré leur lutte, la communauté a finalement eu raison d’eux puisqu’ils divorceront.

Quel regard portez-vous sur la femme africaine, ses conditions de vie et son avenir ?
Les femmes et les enfants sont les plus faibles de la société, il nous faut les protéger contre les prédations de toutes sortes. La femme africaine doit être libre et entrer massivement dans les instances de décision, afin de participer pleinement à l’évolution de l’Afrique et à son unification.

Vous êtes aussi engagée dans la lutte contre la mendicité. Comment menez-vous le combat ?
Le combat contre la mendicité des enfants, est un combat que je mène depuis longtemps. Même quand j’étais à l’Ile de la Réunion, j’organisais des évènements et les fonds récoltés je les envoyais au Sénégal pour aider les enfants mendiants ou pauvres. J’ai créé le collectif «Doyna-Stop à la mendicité des enfants» parce que je pense que la seule solution c’est de les libérer de la rue. Ce collectif demande à l’Etat d’accélérer le processus de mise en place des daraas modernes et aux maîtres coraniques de se concerter pour revenir avec leurs propositions au plus vite. Afin qu’on les sorte définitivement de là où ils sont, à la merci de tous les pervers et de toutes les maladies.

Quel regard portez-vous sur la culture au Sénégal ?
A vrai dire, je ne m’occupe pas particulièrement de la culture sociétale, mais plutôt de la culture au sens artistique. Je suis très admirative de la création des artistes sénégalais, des écrivains, etc. Cependant, je trouve qu’il y a un problème au niveau institutionnel. Car la culture est le parent pauvre au Sénégal. Il n’y a pas beaucoup de subventions, le milieu artistique se débrouille seul souvent. Par exemple, les subventions ne sont pas adaptées pour l’édition numérique à la Direction du livre, les conditions qu’ils posent sont les mêmes que pour l’édition classique, alors que l’édition numérique est bien moins chère. C’est dommage, car on pourrait créer plus de maisons d’édition numérique et donc éditer beaucoup plus de livres avec peu d’argent.

Si l’on vous proposait le poste de ministre de la Culture, que changeriez-vous alors ?
Rires… Il faudrait d’abord que le gouvernement qui me le propose soit vraiment libre par rapport aux prédateurs extérieurs de l’Afrique pour que j’accepte ce poste. Et si c’était le cas, je mettrais plus l’accent sur les idées et les comportements pour changer les choses en profondeur. Le problème avec nos gouvernants, c’est qu’ils pensent que c’est l’argent seul qui résout les problèmes. Mais ce sont les idées et les comportements qu’il faut d’abord changer. Je parle souvent de changement de paradigme et de changement de conscience.

Quels sont vos projets actuels ?
Mon principal projet c’est celui de transmission à la jeunesse. Je prévois d’animer plusieurs conférences : l’Afrique unie, l’Afrique numérique, l’Afrique optimiste. Je suis invitée en novembre au Salon du livre en Martinique. Je dois me rendre au Gabon dans quelques mois.Donc je veux porter le message aussi dans la diaspora et partout en Afrique. Et je suis également membre d’un comité d’initiative pour organiser le premier grand congrès panafricain pour une Afrique fédérale et les Etats africains unis. Ce projet est bien avancé et je suis très fière d’en faire partie.

aly@lequotidien.sn

Source : Le quoidien

Demain… Une autre Afrique de Bocar Gueye

Interview par Pape Ale Niang dans « Ça me dit Mag » sur la 2STV 

 

Camer.be publie l’interview donnée par Chantal Epee à diaf-tv.info 

Chantal Epee:camer.be

FRANCE- CAMEROUN DIASPORA,CHANTAL EPEE SUR DIAF-TV  » JE SUIS VISCÉRALEMENT ATTACHÉE À L’HUMAIN ET À L’AFRICAIN EN PARTICULIER »

Invitée de Note de lecture Critique du Livre(NLCL) sur Diaf-tv, Chantal Épée, diplômée en psychologie et en science politique, « l’être Écrivant » comme elle aime se définir, passionnée par les arts et cultures d’Afrique et de ses diasporas, poétesse loquace au verbe haut, juste et profond s’est racontée aux cotés de Pierre-Giscard Eteki.

Elle nous parle de ses deux recueils de poésie ( Alm’Africa et Eclats d’Ame) parus le mois de septembre dernier aux Editions Diasporas Noires, mais aussi de son engagement citoyen et humain à l’éveil des peuples opprimés, de la Femme africaine.

Nous vous proposons de savourer ci-après, l’intégralité de ce moment riche sur le plateau de Diaf-tv avec cette poétesse profonde aux analyses pertinentes.

 

http://www.camer.be/46287/11:1/france-cameroun-diaspora-chantal-epee-sur-diaf-tv-34-je-suis-visceralement-attachee-a-lhumain-et-a-lafricain-en-particulier34.html

L’enigme du zèbre de Mpata Nse

Interview de Christian Eboulé sur TV5 Monde 

Article du Soleil quotidien national sénégalais sur la présentation du livre « Une Africaine au Japon » de Nina Wade au Musée de la Femme Henriette Bathily le 8 avril 2017.

Article du CAMEROON TRIBUNE sur le livre « Châtiments névrotiques » de Dominik Fopoussi.

Frime et châtiments

La chute et la possible rédemption d’un ex-puissant meublent « Châtiments névrotiques », roman de Dominik Fopoussi.

Par Alliance NYOBIA

Toute ressemblance avec des faits existants ou ayant existé n’est pas forcément fortuite. De fait, Dominik Fopoussi se sert du permis d’inventer, que chaque romancier doit détenir quelque part, pour flirter avec l’excès de vitesse en la matière. Ou pas. Parce que pour le coup, le fruit de l’imagination de cet ancien journaliste semble nourri à la sève de la réalité, fruit porté par un arbre dont les racines s’enfoncent loin dans le sol fertile du vécu collectif.

Résumons. C’est l’histoire d’un directeur général de société d’Etat qui se retrouve un jour en difficulté avec la justice pour mauvaise gestion. Ça vous parle ? Et donc le fameux Dégé (c’est le nom du personnage principal), appellation également déclinée en « Directeur généreux », va perdre sa liberté pour avoir pris des libertés avec la fortune publique.

Si la chute d’un homme n’est pas la fin de sa vie, pour reprendre l’expression d’un chanteur populaire, cette dégringolade peut être douloureuse. Passer d’une demeure luxueuse, à un cachot infect, pour qui était par ailleurs abonné aux grands palaces de ce monde, c’est mourir plusieurs fois. Dégé, ancien homme de pouvoir, sera ballotté comme un fétu insignifiant dans la spirale de l’humiliation. Pour atterrir lourdement en prison, sans grand espoir d’en sortir de sitôt.

Il est clair que Dominik Fopoussi s’est inspiré, au moins en partie, de l’actualité locale de ces dernières années, sur le front de la lutte contre la corruption et les détournements de deniers publics. On ne citera aucun oiseau de proie, mais les ailes et les serres d’un certain rapace se dessineront aisément dans l’esprit du lecteur, au fil des pages de ce roman qui en compte 206.

D’autres travers sociaux sont relevés, souvent grossis jusqu’à la caricature. L’usage du permis d’inventer, sans doute. Sauf que parfois, les choses s’enchaînent un peu vite. Les personnages et leurs trajectoires débarquent à grande vitesse, au point quasiment de s’entrechoquer dans leurs apparitions. Mais bon, tant qu’il n’y a pas collision frontale, personne ne songera à retirer son permis d’auteur à l’ancien reporter du « Messager ».

– « Châtiments névrotiques », Dominik Fopoussi, Diasporas noires, novembre 2015.