« Une Africaine au Japon » de Nina Wade

Interview par Sada Kane dans « Impressions » sur la 2STV 

 

Partenariat avec l’Institut culturel Panafricain et de Recherche (ICPR) de Yène, une conférence sur le thème de la décolonisation, du panafricanisme et de la renaissance culturelle en Afrique au Monument de la Renaissance africaine à Dakar

Le Groupe REFONDATION nationale a organisé hier, en partenariat avec l’Institut culturel Panafricain et de Recherche (ICPR) de Yène, une conférence sur le thème de la décolonisation, du panafricanisme et de la renaissance culturelle en Afrique. Le Monument de la Renaissance africaine a ainsi servi de cadre à Elimane Haby Kane et Hulo Guillabert qui ont identifié les freins au fédéralisme des Etats africains et invité la jeunesse africaine à cultiver l’esprit Ubuntu.

La vision d’une Afrique fédérale existe depuis belle lurette. Elle fut pendant le colonialisme théorisée par des penseurs comme Cheikh Anta Diop, ou encore par les pères de l’indépendance africaine à l’instar de Houphouët Boigny, Kwamé Nkrumah, Léopold Sédar Senghor. Et récemment au Sénégal par Abdoulaye Wade. Mais leurs tentatives fédéralistes, nombreuses furent-elles, ont été vouées à l’échec. Cela, parce que «la volonté, seule, ne suffit pas pour unir l’Afrique, face au micro-nationalisme des Etats africains», explique le président de Legs-Africa, Elimane Haby Kane. A l’en croire, la vision et la volonté y étaient certes mais elles n’ont pas suffi. Pourtant, rappelle-t-il, «plusieurs aspects liés à l’histoire, à la culture, et à la géographie auraient pu permettre à l’Afrique de le réussir». D’abord un même passé : le colonialisme, doublé d’une culture et d’un espace communs. Cela, dit-il, sans compter les énormes ressources dont dispose l’Afrique en termes de capital humain et de matières premières.
«En réalité nous n’avons pas besoin d’aide. Parce que nous disposons d’assez de ressources pour s’affirmer et faire de l’Afrique un continent émancipé» a affirmé Elimane Haby Kane. Mais, déplore-t-il, l’inconscience des Africains qui se laissent spolier de leurs ressources et qui par conséquent deviennent assujettis aux règles des grandes puissances de ce monde. «Qu’est-ce qui empêche une Afrique si jeune, si riche de voler de ses propres ailes sinon la désunion.» Voilà ce qui constitue, du point de vue de Elimane Haby Kane, un important frein au développement de l’Afrique. «Pour faire de l’Afrique une seule tête, il faut d’abord qu’elle soit autonome et cela passe par une unité politique, économique, des stratégies de défense communes, et une diplomatie soudée. Bref, poursuit-il, l’Afrique doit-elle même trouver et construire sa voie. Il faudrait former des blocs forts, nouer des alliances autour de tous les mouvements sociaux panafricanistes.» Le groupe pour la refondation de l’Afrique, organisateur de cette conférence, s’engage déjà dans cette voie. Formé seulement en 2014 sur les méandres des réseaux sociaux, selon son coordonnateur Cheikh Guèye, ce mouvement s’emploie à réinventer le débat et l’enrichir pour sortir de l’inanité des discussions sans fin.

L’esprit Ubuntu : une réponse à la question
L’Afrique désunie perd énormément. Cela, Hula Guillabert le sait mieux que quiconque. Elle affirme que pour accéder à l’unité Africaine, il est nécessaire de trouver un équilibre et cela en se nourrissant de l’esprit Ubuntu. L’activiste et directrice de la maison d’édition numérique Diaspora noire soutient ainsi l’indépendance d’une Afrique. «Elle commence par l’art et la culture. Editons-nous, nous-mêmes. 82% des éditions sont rejetés, 8% seulement de manuscrits sont édités, interrogeons-nous alors sur la modeste part des Africains dans ces 8%. Il ne faut pas qu’on se mire dans le miroir des autres.» Celle qui se fait par ailleurs appelé «Madame L’Afro-optimiste», se dit fier de porter ce magnifique surnom. Parce que, dit-elle, «les autres ne montrent de l’Afrique que des images négatives d’une Afrique en guerre, baignant dans la famine et les misères. Moi j’ai créé ma revue de bonnes nouvelles pour montrer une Afrique jeune et incroyable, bouillonnante d’imaginations et de créativité, mais surtout décomplexée». Le troisième millénaire, finit-elle par convaincre, est africain. Pour cela Mme Hula Guillabert lance une invite à tous les jeunes à être Ubuntu. «Je suis ce que je suis grâce à ce que nous sommes tous. Ce rêve d’une Afrique unie nous le portons tous. De quoi avons-nous donc peur ? Soyons tous Ubuntu. Réalisons notre rêve sans attendre demain», conclut-elle.
aly@lequotidien.sn