Les Rendez-vous de l’Afrique Consciente du 16 Avril 2016

(Une initiative de Diasporas Noires Editions en partenariat avec le Monument de la Renaissance)

L’Afrique Souveraine : Déconstruire et Reconstruire l’Image de l’Afrique

 

 

 

 

 

Qu’est ce que le développement pour les africains?

A quoi ressemblerait  l’idéale société africaine moderne?

Que pourrait être un indicateur de succès ou un indice d’économie optimale?

Que peut bien vouloir dire démocratie pour les peuples aficain et d’ailleurs quels sont les mots dans les langues locales qui décrivent de façon adéquate cette forme de gouvernance?

Ce sont là entre autres les questions qui ont été soulevées ce samedi 15 avril, lors de la cinquième cession des Rendez-vous conscients de l’Afrique qui s’est tenu au Monument de la Renaissance. Deux illustres penseurs à la fois auteurs et économistes ont présenté leurs ouvrages. Il s’agissait pour Ndongo Samba Sylla de la Fondation Rosa Luxembourg ainsi que le Professeur Felwine Sarr de l’Université Gaston Berger de Saint Louis de déconstruire des concepts et idées qui jusqu’ici ne semblent pas avoir été questionnés.

Pour Mr Sylla, l’auteur de La démocratie contre la République, publié aux Editions L’Harmattan, l’initiative de cet ouvrage a été entamée il y a cinq ans alors qu’il tentait de prouver à travers une recherche sur le commerce équitable ce si la démocratie précède le développement ou si ce dernier serait le produit de la démocratie.

Selon lui, le fin travail qui a mené à la parution du livre avait pour objectif de développer une réflexion autour du  mot ‘démocratie’ dont il a donné l’étymologie : ‘Democratie’ vient de democratia et qui veut dire : démos qui se réfère aux pauvres ; puis cratos qui veut dire que les pauvres gouvernent : d’où le concept de la gouvernance exercée par les pauvres du fait de la force qu’ils profèrent à travers leur nombre.

Il a été incité à faire une odyssée des origines de la démocratie en visitant des penseurs de la Grèce antique aux temps modernes tels Aristote et Samuel Huntington et en passant par l’internationalisation du concept de démocratie en 1917.

Il s’agissait pour Mr Sylla de déconstruire les notions qui ont été créées jusqu’ici sur le concept de démocratie, comme l’idée selon laquelle la démocratie aurait été créée par les grecs alors qu’Athène était une puissance esclavagiste et sexiste ; ou que la démocratie est purement américaine tandis que le système américain est selon lui ‘’le système le plus anti démocratique au monde’’.

Selon lui, les performances démocratiques sont en dégression en occident depuis le déclin du communisme à travers la chute du mur de Berlin.

En gros, Mr Sylla appelle à un modèle plus démocrate où le peuple est de plus en plus impliqué. Dans la démocratie, le peuple contrôle et décide mais n’exécute pas car ceux qui exécutent doivent pouvoir le faire.

Mr Felwine Sarr quant à lui invite à travers Afrotopia à la redécouverte du ‘soi’ profond, rejoignant Aminata Traoré, l’ancienne Ministre du Mali qui rappelle que l’Afrique est la solution.

Mr Sarr invite à ‘’refaire l’archéologie de la démocratie’’ car ‘’nous avons des théories toutes faites que nous utilisons sans réévaluer ces notions que nous appliquons au niveau de nos pays.’’

Comme Ndongo Sylla, Felwine Sarr a aussi procédé à l’historique de l’image faite de l’Afrique, ce continent qui évolue de celle d’où apparaissent puis disparaissent les animaux et nouvelles espèces  à celui à présent considéré comme celui de la richesse et du futur.

Dans cette entreprise de reconquête de l’Afrique, il est important de réécrire son futur. Et pour cela, il faudrait, comme l’aurait suggéré Howard Zehr, le père fondateur de la justice restorative, changer les lunettes à travers lesquelles certaines réalités sont perçues afin de mieux réécrire l’histoire du continent. Ce travail ne pourrait se faire qu’en interrogeant les épistémies, en questionnant certaines notions et concepts comme celui de développement, éviter de mimer des formes de réussites même si elles ont réussi dans un autre continent car il ne peut exister une formule universelle de développement ou un système d’économie qui s’applique à tous les contextes.

En outre, le fait que les africains ou peuples jusque-là aliénés par les puissances occidentales n’aient eu le privilège de participer aux débats afin de contribuer aux questions sur les types de sociétés qui leur sont utiles et qui seraient l’idéal est une contrainte réelle. Pour lui, il est devenu impératif de changer les mentalités, il ne s’agit pas d’aller de l’afro pessimisme à l’afro euphorie mais de contribuer à mettre en place des sociétés qui donnent des espaces qui cultivent la dignité ; car le problème fondamental est le fait que l’africain soit devenu incapable de réfléchir sur le sens qu’il donne à sa vie, sonnant l’urgence de mettre un frein à la course frénétique pour prendre le temps de faire un état des lieux et redéfinir les points de repère pour identifier et baliser le chemin à suivre.

Ce livre est une invitation à reprendre le travail à la base et à se poser des questions sur la modernité et post modernité. De plus, il est un plaidoyer pour la jeunesse qui a besoin de confiance et pour qui il est important de retravailler à déconstruire l’imaginaire de la réussite, ce qui pourrait permettre de dire que ‘nous pouvons amener le continent à un autre niveau et accroître la densité de la conscience humaine.’

Selon Madame Hulo Guillabert, Directrice de Diaspora Noires et fondatrice de l’initiative des Rendez-Vous Conscients de l’Afrique, qui a acclamé la philosophie de Mr Ndongo Sylla en proclamant que ‘’la démocratie représentative est l’une des plus grandes arnaques du monde’’ ces livres sont une source intarissable de notions importantes et offrent une boîte à outil bien garnie.

Penser et repenser l’Afrique, c’est la thématique qui était tout à son honneur lors de ce panel, surtout lorsque le modérateur, Gaindé Ndiaye, a clôturé le débat en demandant aux deux auteurs de définir ‘l’espoir’ ; une notion qu’il fallait recadrer et déconstruire selon les lunettes de l’intervenant.

Woré Ndiaye

Sunu Capital Humain (SunucapH)

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