Plusieurs rêvent d’un emploi. D’autres le créent. Devant les tristes “cimetières” de mangues pourries, Gratitude Ntonda Mandiangu a eu l’idée de préserver les richesses naturelles gaspillées du Bas-Congo en République démocratique du Congo et a créé sa propre entreprise.

Un cliquetis de bouteilles dans son local de 25 mètres carrés. “Voilà les jus de maracujas, ici le jus de mangues, au fond les jus de gingembre et d’orange, et ici le miel pour sucrer les boissons, et l’hydromel, le vin de miel.”

C’est ici que cette jeune entrepreneure de 25 ans, diplômée en technique agroalimentaire, transforme et conserve les fruits qui certes font la richesse du Bas-Congo mais qui meurent dans les champs. L’absence de véhicules et la pauvreté du réseau routier du pays ne permettent pas de les acheminer au marché à temps. “Il fallait leur trouver une valeur ajoutée au lieu de perdre toute cette matière première disponible à bas prix.”

Relever le défi

Mademoiselle Gratitude, comme elle tient à se faire appeler, emploie une vingtaine de femmes de sa région de Kisantu. Elles aident à nettoyer, couper, réduire en purée, stériliser et embouteiller les fruits. Sa micro-entreprise, le Cetrapal, (Centre de transformation de produits agro alimentaires locaux ) a été créée en 2008 avec un petit fonds de démarrage de l’Union Européenne qui lui a permis d’acheter les appareils nécessaires.

Les efforts de certains pour la décourager ont eu l’effet contraire : elle a redoublé d’efforts pour relever le défi et prouver qu’une femme peut réussir. “Je me suis lancée”, dit-elle. Ses parents, actifs eux aussi dans le domaine agricole l’ont beaucoup encouragée à fonder son entreprise. A quelques pas du local, sa mère gère quelques champs qui ont l’avantage de ne pas être éloignés du centre de transformation. Une entreprise familiale ? Résolument non, répond la maman : “Elle devra réussir par ses propres moyens”. Car faire intervenir la famille dans ces contrées, explique-t-elle, risquerait de faire faillir l’entreprise. Elle n’en dit pas plus.

Marketing

Une telle petite entreprise peut-elle survivre alors que les multinationales disposent déjà de réseaux de distribution efficaces de boissons sucrées et colorées à des prix inférieurs aux succulents jus embouteillés localement? A quelques kilomètres d’ici, au café terrasse de l’impressionnant jardin botanique de Kisantu, la journaliste commande un jus local. On ne sert que les cocas habituels dans cette institution qui s’enorgueillit de préserver le patrimoine agricole de cette région fertile du Bas-Congo qui, si elle s’organisait, pourrait nourrir tout le pays.

Mademoiselle Gratitude rêve de synergie avec les grandes compagnies, et aussi avec ses concurrents en Afrique de l’Ouest, plus avancés dans ce domaine. Elle veut s’en inspirer “et même les dépasser”. Pour l’instant – et c’est déjà une victoire dont elle est fière – ses jus Cetrapal sont vendus dans un supermarché à quelques heures de route dans la capitale Kinshasa, et ailleurs en RDC. Elle rêve de conquérir tout le pays, l’Afrique, et pourquoi pas, le reste du monde.

Agriculture moderne

Car l’avenir du pays est dans l’agriculture, affirme Gratitude, de concert avec nombre d’organisations internationales et de gouvernements africains. Mais l’agriculture, où il faut travailler dur sans rien gagner, n’intéresse pas les jeunes congolais, déplore-t-elle. Ce n’est pas cette agriculture “de l’antiquité” à la houe qu’il faut privilégier, mais une agriculture moderne mécanisée. C’est là que se trouve l’avenir. “Quand le peuple congolais mangera très bien, tout s’arrangera.”

HELENE MICHAUD

Lu sur http://www.lecongolais.cd